04.11.2009
À Shanghaï, les retraités spéculent avec leurs économies
Les yo-yo de la Bourse n'ont pas suffi à refroidir les ardeurs des petits porteurs shanghaïens.
· À Shanghai, 
la rue Xiangyang n'a pas besoin de cafés, elle a sa salle de courtage. Ici, en plein centre de Shanghai, chaque matin à 9 heures, les habitués prennent place devant un des vieux ordinateurs d'où ils suivent les cours de la Bourse à longueur de journées. Un vieil ami Chinois n'est pas mécontent. Cette année, la Bourse lui a fait gagner 3 000 euros, l'équivalent de deux ans et demi de salaire pour cet ancien employé d'une grande société d'État qui avait placé au départ 5 000 euros. Toutes ses économies. «J'ai été licenciée. Depuis six ans, j'investis en Bourse. C'est ma seule source de revenu», explique-t-il, en attendant de pouvoir toucher sa maigre retraite de 60 euros par mois l'an prochain, quand il aura 60 ans.
Mouvements de yo-yo
L'euphorie de 2006 est pourtant passée. Cette année-là, l'indice composite de Shanghai enregistre une hausse de 130 %. L'année suivante, la Bourse progresse à nouveau de 100 %. Au restaurant, dans le taxi, autour d'un thé, on ne parle que de ça. L'état de grâce est de courte durée et le marché replonge en 2008.
Ces mouvements de yo-yo n'ont pas suffi à refroidir les ardeurs des petits porteurs shanghaïens. Retraités dans les salles de courtage, cadres au bureau, étudiants depuis leurs dortoirs, tout le monde «joue». Il faut dire que l'investisseur chinois n'est pas toujours averti. Ces apprentis boursicoteurs ont encore beaucoup à apprendre. Selon une enquête réalisée cet été, 70 % d'entre eux reconnaissent ne pas faire aussi bien que le marché tiré par des hausses cette année.
Bon nombre d'épargnants sans connaissance du marché se sont rués sur la Bourse ces dernières années pour faire fructifier leurs économies, parier sur les futures politiques officielles, ou acheter les actions les moins chères -- de compagnies en difficulté -- comptant qu'elles remonteraient.
Un comportement qui vaut aux places boursières du pays d'être comparées à des "casinos". Récemment le Financial Times, qualifiait Shanghai "de parodie de marché".
Mais le citoyen chinois n'a guère le choix. Le strict contrôle des flux financiers par le gouvernement lui rend les places étrangères inaccessibles - tout comme la plupart des étrangers sont tenus à l'écart de Shanghai et Shenzhen.
Du coup, certains s'efforcent de diversifier leurs investissements. Cheng Yu, juriste d’entreprise, a préféré acheter un appartement.
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31.10.2009
Escroc et concubines
Le premier roman du grand écrivain chinois Lao She. Il y déploie déjà cet art de la satire qui lui valut la haine assassine des gardes rouges.
Lao She 老舍, pseudonyme littéraire de Shu Qingchun 舒慶春, aurait mérité le Nobel car il fut - avec Pa Kin - le grand timonier des lettres chinoises du xxe siècle. Il fut aussi l'une des innombrables victimes du maoïsme. En août 1966 - il avait 67 ans - on retrouva son cadavre au bord d'un lac et le régime fit croire qu'il s'était suicidé alors que de nombreux sinologues pensent qu'il fut assassiné par les gardes rouges, lesquels détestaient ce franc-tireur qui avait refusé d'emboucher les clairons de la Révolution culturelle. Aujour-d'hui, Lao She a pris une belle revanche: il est devenu le symbole de la dissidence en Chine, grâce à une oeuvre magistrale qui culmine avec Quatre Générations sous un même toit, un opéra de larmes et de sang où s'orchestre le pathétique naufrage de Pékin après l'invasion japonaise de l'été 1937.
Avec La Philosophie de Lao Zhang, on découvre enfin le tout premier roman de Lao She. Ecrit en 1926, ce petit brûlot est le portrait féroce d'un arriviste aux dents aussi longues que la Grande Muraille, Lao Zhang, un maître d'école "aux yeux porcins" qui a troqué Confucius contre Harpagon et Tartuffe. Et qui deviendra un champion de la magouille pour se remplir les poches, quitte à changer de religion en fonction du cours de la viande... Musulman quand le prix du mouton est bas, bouddhiste quand celui du porc est élevé, chrétien quand ça l'arrange, trafiquant d'opium et de concubines, racketteur, maître chanteur, l'affreux Lao Zhang résume à lui seul toutes les tares d'une société dont l'auteur du Pousse-Pousse fut l'incomparable satiriste. Un récit troussé comme un conte cruel, dans une Chine où les dragons n'ont pas de griffes aussi acérées que celles de Lao She.
Qui est Lao She
De son vrai nom Shu Qingchun, Lao She est considéré comme une référence de la littérature chinoise, reconnaissable à son éternel ton satirique. Fort du succès de son premier roman humoristique et critique 'Le Pousse-pousse', l'écrivain se consacre entièrement à son art. Il s'attelle dès 1940 à la rédaction de sa grande trilogie, 'Quatre générations sous un même toit', et dépeint un Pékin urbain souillé par l'occupation japonaise. ''L' artiste du peuple'' retrouve son pays natal après trois années passées aux Etats-Unis et occupe le poste de vice-président de l'Union des écrivains chinois. Mais le leader communiste Mao Zedong déclenche sa Révolution culturelle et l'intellectuel est alors dénoncé puis persécuté par le gouvernement. Le 24 août 1966, son corps est retrouvé sur les rives du lac Tai Ping et s'il s'agit officiellement d'un suicide, certains n'excluent pas l'idée du crime politique. C'est à titre posthume que son oeuvre autobiographique et inachevée, 'L' Enfant du nouvel an', est publiée en 1979. De la pointe de sa plume engagée, Lao She livre une vision critique de son époque et témoigne du quotidien d'une société en pleine ébullition.
La philosophie de Lao She
On trouve dans La Philosophie de Lao Zhan déjà tous les thèmes qui figureront plus tard dans son œuvre : d'abord le Pékin de la fin des Qing et du début de la République, la vie de ses habitants, d'un quartier, petits fonctionnaires plus ou moins (plutôt moins que plus) intègres, instituteurs violents, commerçants habiles, artisans crève la faim, tireurs de pousse-pousse, concubines, prostituées, jeunes enfants effrontés, étudiants sans le sous, gredins, canailles et tous les opprimés, les sans-grade, les indigents, ceux qui essaient de survivre au jour le jour à force de combines, de petites traîtrises, de petits gains immédiats ; c'est le Pékin d'un monde en train de s'effondrer, de valeurs et de morales en plein désarroi, du chacun pour soi mais aussi, en filigrane, paradoxalement, de la solidarité plus forte que la mort et l'image d'une Chine qu'on voudrait croire éternelle.
On croise Lao Zhang instituteur odieux, égoïste, radin, rapace et pragmatique, sans pitié, notamment pour ses élèves et surtout les femmes qui pour lui ne sont guère différentes d'un vêtement d'occasion, la marchandise doit être bonne et le prix peu élevé et si le vêtement ne convient finalement pas on peut toujours le revendre ! On croise deux de ses élèves, jeunes adolescents en rupture, Wang De amoureux de Li Jing, la sœur de son meilleur ami Li Ying lui-même amoureux de la belle Long Shugou, mais les amours de l'époque sont encore sous la domination des parents et tout s'effondrera aussi, c'est la vie ; on croise une galerie de personnages improbables Cinquième Li, Huitième Sun, Quatrième Wei, Troisième Chu, et beaucoup d'autres qui s'accrochent aussi à l'existence dans des conditions misérables.
C'est que Lao She nous parle du sort de ces opprimés de la vie, du siècle, de la Chine ; il nous en parle avec amour, avec compassion, avec sensibilité, humour et la verve et le ton satirique (c'est l'époque qui le veut) que l'on retrouvera dans tous ses romans, mais sans condescendance ni mépris, ce sont des gens comme vous, comme moi car sa littérature est universelle.
Alors même si ce premier roman d'un écrivain qui deviendra le plus grand de son siècle n'a pas toutes les qualités de Gens de Pékin, du Tireur de Pousse-Pousse ou de Quatre générations sous un même toit, peu importe, car il est émouvant ; il est émouvant d'entendre les premiers mots d'une voix comme celle de Lao She, il est émouvant de lire La philosophie de Lao Zhang pour replonger dans un monde qui n'en finit pas de mourir, il est émouvant de songer à Lao She, à son destin, à sa mort en 1966, « suicidé » pendant la Révolution culturelle ; il est émouvant de tenir entre ses mains le premier livre d'un homme que l'on aurait aimé connaître.
Et pour finir quelques citations extraites de « Quatre générations sous un même toit », et certainement toujours d'actualité :
« Les personnes insignifiantes aiment que leurs actes soient bruyants »
« Dans la guerre moderne, le vainqueur est celui qui consent à jeter l'argent par les fenêtres ».
« Les yeux sont les messagers du cœur et de la raison. »
« La solitude est une prison »
23:52 Publié dans Articles Publications | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : chine, china, lao she, philosophie, actualité, politique, news, finance, économie, economy, révolution, culturel
29.10.2009
Chine: six condamnations à mort au premier procès des émeutiers d'Urumqi
La Chine dans un monde meilleur, mais que peut on observer :
Six personnes ont été condamnées à mort lundi pour leur participation aux émeutes d'Urumqi début juillet, à l'issue du premier procès des violences qui ont fait près de 200 morts dans la capitale de la région chinoise du Xinjiang, ont annoncé les médias officiels.
Plus de trois mois après les troubles, dans une ville quadrillée par la police et l'armée afin de prévenir toute réédition des pires violences en plusieurs décennies dans le pays, ils ont été reconnus coupables de meurtres, a précisé l'agence Chine Nouvelle.
Un septième accusé, également poursuivi pour meurtre, a été condamné à la prison à vie pour avoir plaidé coupable et aidé la police à arrêter un complice, selon l'agence officielle et la télévision CCTV.
Les noms des sept condamnés donnés par les médias -- Abdukerim Abduwayit, Gheni Yusup, Abdulla Mettohti, Adil Rozi, Nureli Wuxiu'er, Alim Metyusup et Tayirejan Abulimit -- sont de consonnance ouïghoure, l'ethnie de langue turque, prédominante au Xinjiang musulman, une Région autonome du nord-ouest de la Chine.
Le tribunal a commencé l'examen de trois affaires impliquant les sept accusés des émeutes qui ont fait officiellement au moins 197 morts, la plupart des Hans, ultra majoritaires en Chine, tués par des Ouïghours.
Dans une ville où une série de mystérieuses attaques à la seringue ayant surtout visé des Hans en septembre ont encore accentué les tensions, les autorités avaient pris toutes les mesures pour éviter de nouveaux débordements.
Selon des images diffusées par CCTV, les alentours du tribunal étaient déserts avec une forte présence des forces de l'ordre.
Par ailleurs, 14.000 civils ont été mobilisés pour patrouiller dans les rues d'Urumqi nuit et jour, a rapporté la radio officielle chinoise.

Le porte-parole du Congrès mondial ouïghour (CMO), représentant la dissidence en exil, Dilxat Raxit, a dénoncé, pour sa part, un "procès politique".
"Les procès envers les Ouïghours ne se déroulent pas selon les règles juridiques normales, mais selon les besoins politiques", a-t-il estimé, jugeant qu'il s'agissait d'"un cas typique de violation des droits de l'Homme" ou "les accusés n'ont pas pu choisir eux-mêmes leurs avocats".
La presse officielle chinoise avait annoncé fin septembre que la justice avait prononcé les premières inculpations à l'encontre de 21 personnes dans le cadre de ces émeutes pour homicides, incendies volontaires et dégâts matériels.
Le 5 juillet, les violences avaient éclaté à Urumqi après une manifestation pacifique de protestataires demandant la lumière sur le meurtre de deux Ouïghours dans le sud de la Chine, selon la dissidence ouïghoure en exil.
Les autorités chinoises ont accusé le CMO de la dissidente Rebiya Kadeer d'avoir fomenté les troubles, qui ont été suivis de représailles de la part de Hans.
03:41 Publié dans Articles Publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, china, actualité, news, politique, finance, économie, droit, homme, ouïghours








