20.04.2009

Un clin d'oeil pour ce dimanche

49e5d60210eb752.jpgLe Petit Nicolas ou la France d'avant
Culture Anniversaire. Il y a cinquante ans, Sempé et Goscinny retombaient en enfance.
Des inédits, une exposition, bientôt un film : la France célèbre dignement le cinquantenaire du Petit Nicolas, image idéale d’une enfance préservée des laideurs du monde d’aujourd’hui.

Cinquante ans, mais à vrai dire, le Petit Nicolas aurait dû fêter son cinquantenaire il y a trois ans. C’est en 1956, en effet, que Sempé et Goscinny inventent le personnage, pour une bande dessinée qui paraît dans le journal belge le Moustique, mais Sempé n’est pas à l’aise dans ce format (« Je n’aime pas la bande dessinée, je n’en ai jamais lu, je n’ai jamais aimé ça », dit-il) et le tandem abandonne au bout de 28 planches. C’est à Henri Amouroux que Nicolas doit sa seconde naissance : pour le numéro de Pâques 1959 de Sud Ouest Dimanche, il demande à Sempé et Goscinny de ressusciter leur personnage. René Goscinny invente alors la formule de la nouvelle illustrée et, raconte Sempé, « arriva avec un texte dans lequel un enfant – Nicolas – racontait sa vie avec ses copains, qui avaient tous des noms bizarres : Rufus, Alceste, Maixent, Agnan, Clotaire… Le surveillant général était surnommé le Bouillon. C’était parti : René avait trouvé la formule. » (Cette première histoire, jamais reprise en volume, on la retrouvera dans un nouveau recueil, le Ballon et autres histoires inédites, entourée de récits sortis des cartons de Goscinny par sa fille Anne et pour lesquels Sempé a repris son pinceau.)

Le nouveau ton imaginé par Goscinny, les petites vignettes illustrées qui conviennent si bien, cette fois-ci, au talent impressionniste de Sempé, assurent à ce nouveau départ un succès immédiat. Publiées régulièrement dans Pilote dès le premier numéro du magazine en 1959, les histoires du Petit Nicolas font pourtant un flop lorsqu’elles sont rassemblées en un premier recueil par les éditions Denoël, en 1960.Un passage télé de Goscinny, dans l’émission Lecture pour tous, où il crève l’écran, change la donne et le succès ne se démentira plus.

La trouvaille géniale de Goscinny,qui n’en était plus à une près, c’était de raconter les aventures minuscules de cette bande de garnements avec les yeux de Nicolas, dont la naïveté, l’absence de sens des proportions, l’inconscience propres à cet âge conféraient à ces microscopiques événements un charme et une drôlerie irrésistibles.Au contraire de l’actuelle idole des cours de récré, l’abominable Titeuf, ces aventures sont racontées à hauteur d’enfant, par un adulte certes, mais qui avait gardé en lui suffisamment d’esprit d’enfance pour ne pas imposer à ses garnements des obsessions dénuées de la moindre fraîcheur. Dans le Petit Nicolas, donc pas de « zizi sexuel » ni d’enfants monstrueusement précoces,presque plus avertis que les adultes et portant sur eux un regard condescendant. Sempé et Goscinny nous parlent d’un temps où les enfants avaient encore le droit de n’être que des enfants, où l’éducation consistait pour une large part à les protéger des horreurs du monde adulte, aussi longtemps du moins qu’ils étaient trop fragiles pour l’affronter, et non à les y plonger prématurément.


Le reflet d’une époque de stabilité, de prospérité et d’insouciance

C’est pour cela sans doute que beaucoup d’entre eux continuent à apprécier le Petit Nicolas : son monde n’est plus leur monde, mais il est sans doute à leurs yeux plus enviable que le monde réel où on les oblige trop souvent à porter des choses trop lourdes pour leurs épaules d’enfant.

Quant aux adultes, ils y retrouvent avec une délectable nostalgie la France d’avant : produit d’une époque de stabilité économique et sociale, le Petit Nicolas décrit un monde d’avant l’horreur économique. On n’y trouve pas d’immigrés déracinés, pas de papa au chômage,les mamans n’ont pas à faire des pieds et des mains pour concilier leurs tâches maternelles avec leur carrière, puisqu’elles n’ont rien d’autre à faire que de se consacrer à leur enfant. Pas de famille recomposée non plus, en cette époque où le divorce était l’exception et non la règle : chacun des petits camarades de Nicolas est dûment pourvu d’un papa et d’une maman.Et tout diablotin qu’il soit, il rentre dans le rang dès qu’ils font les gros yeux.


Car le Petit Nicolas nous parle aussi d’une époque révolue où l’autorité était une chose naturelle, naturellement acceptée.Une époque où l’on pouvait mettre toute une classe en retenue, un jeudi, pour une malheureuse histoire de pétard, sans qu’un parent vienne mettre une gifle au directeur ni qu’un élève risque de mettre un coup de couteau au surveillant.Une époque où les écoles étant non mixtes, où les garçons avaient tout loisir de passer toutes leurs récrés à jouer aux cow-boys et aux Indiens sans être distraits par de ridicules histoires de tirages de nattes ou par des singeries d’amourettes.Une école résolument monoculturelle, sans racket ni violences.Si les camarades de Nicolas sont plutôt du genre turbulent (ni Sempé ni Goscinny n’avaient à chercher bien loin pour leur trouver des modèles à cet égard), ce ne sont ni des enfants-rois ni des révoltés ; et tout chahut finit par s’éteindre pour peu que l’on sente que l’on est en train de faire de la peine à la maîtresse. Bref, le Petit Nicolas nous parle d’un temps reculé où, si les adultes étaient parfois de grands enfants, les enfants n’étaient rien d’autre que des enfants. On dira ce qu’on voudra mais, à l’époque que nous vivons, ça repose

Le Ballon et autres histoires inédites, de Sempé et Goscinny, Imav Éditions, 166 pages, 19€.

A bientôt, cette semaine, sur Business in China, et notamment pour vous informer sur les derniers reglements en Chine.

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