08.07.2009

La France à l'heure bouddhiste

 

 

445px-Sermon_in_the_Deer_Park_depicted_at_Wat_Chedi_Liem-KayEss-1.jpg «Effet de mode dépassé»

Les sondages s'accordent : quatre à cinq millions de Français se disent «proches» ou «sympathisants» de cette sagesse orientale fondée par Bouddha (mort en 483 avant J.-C.) qui s'exprime aujourd'hui en de multiples écoles et tendances, 250 groupes selon l'Union bouddhiste de France. Mais les spécialistes estiment entre 100 000 ou 150 000 personnes, le nombre de pratiquants français de souche, sérieusement engagés dans le bouddhisme. À qui il faut ajouter 450 000 bouddhistes d'origine chinoise ou sud-asiatique, travaillant ou réfugiés en France.

La dynamique du mouvement, elle, tend plutôt à se stabiliser. On constate aujourd'hui un ralentissement de l'implantation du bouddhisme en France après l'expansion exponentielle en 1970-1980. Le bouddhisme est installé durablement dans le paysage, notamment avec une seconde génération de maîtres d'origine française, mais l'effet de mode est dépassé.

On ne se convertit pas au bouddhisme très jeune. Cela implique souvent d'avoir eu l'expérience d'une certaine souffrance ou d'être au contact de la souffrance. D'attrait religieux, hier, le bouddhisme attire de plus en plus aujourd'hui dans une quête de développement personnel, de lutte contre le stress.

800px-Dzogchen_Ponlop_Rinpoche.jpg «Comment gérer son stress ?»

Dagpo Lama Rimpotché  est le premier lama tibétain, arrivé et réfugié en France en 1960. Il se souvient même des premières visites du dalaï-lama, après 1981, où ne venaient que quelques centaines de personnes. Son histoire et celle de son centre, l'institut Ganda Ling, pourrait symboliser l'implantation du bouddhisme en France. D'abord professeur aux Langues'O, ce sage affable et souriant finit par accepter en 1977 de répondre à des jeunes qui lui demandaient de les initier au bouddhisme. Aujourd'hui, l'institut Ganda Ling reconnu comme «congrégation» par l'État français, autonome financièrement, fédère un noyau de cinq cents fidèles et un réseau beaucoup plus large en France et à l'étranger. On peut y recevoir des enseignements, suivre des retraites sous la conduite de Dagpo Rimpotché qui promeut une voie exigeante sur le plan intellectuel et spirituel, mais très insérée dans l'époque. De l'extérieur, il ressemble à une salle polyvalente de municipalité, sans presque aucun signe distinctif même s'il est très orné à l'intérieur. Une association d'entraide franco-tibétaine complète l'ensemble.

Il en va ainsi de beaucoup de centres en France. Ils ne se sont pas développés selon un plan d'occupation de l'espace mais à la suite de l'implantation d'un maître qui donne un enseignement à des disciples. Il arrive aussi qu'à la mort du maître, les centres puissent péricliter car la pratique du bouddhisme obéit profondément à la relation maître-disciple.

Dans la galaxie bouddhiste, la France arrive d'ailleurs en bonne place comme s'il y avait une compatibilité particulière de mentalité. «Outre les liens historiques avec le Tibet, il y a en France une forte demande rationnelle, explique Dagpo Rimpotché, et nous proposons une démarche analytique qui plaît en faisant appel à l'intellect et à la vérification, par soi-même, des effets et résultats recherchés.» Il ajoute : «Il y a aussi des traits de caractères communs avec les Français. Les Tibétains sont sincères, directs. Et pour des Asiatiques, ils sont très individualistes !»

Kalou_Rimpoche_&_Lama_Denys.jpg« Les nouveaux bouddhistes »

 

Les bouddhistes français ont protesté officiellement contre la répression des manifestations en Birmanie. Un engagement nouveau pour cette communauté discrète et disparate.

 

Habituellement très discrète, l’Union bouddhiste de France (UBF) a officiellement « désapprouvé l’usage de la force contre la population civile et la communauté des moines birmans ». Lettre à l’ambassade de Birmanie et communiqué à l’Agence France- Presse, participation à des émissions de télévision et manifestations pacifiques dans plusieurs grandes villes... Du jamais-vu pour une communauté aussi éclatée que les convictions et les traditions bouddhistes sont diverses .

Chez les laïcs bouddhistes français, il existe depuis quelque temps un fort militantisme tiers-mondiste, écologiste ou pacifiste sans pour autant qu’il s’impose aux religieux et dans les institutions. Cette fois, les institutions bouddhistes de France ont suivi ce mouvement et pris un véritable virage.

Ce nouveau bouddhisme à la française trouve sa légitimité dans l’action du dalaï-lama pour le Tibet, bien sûr. Mais aussi dans celle du moine zen vietnamien Thich Nhat Hanh. D’abord exilé, puis vivant en France depuis trente ans, il est reconnu dans le monde entier pour sa défense d’un bouddhisme moderne intégrant certaines valeurs occidentales. Une forme de rupture avec les pratiques héritées des années 70, très centrées sur l’individu. Avançant dans ce sens, l’UBF répond dorénavant aux sollicitations de l’Assemblée nationale ou du Sénat sur des problèmes d’éthique ou de société. « Il n’existe pas une communauté bouddhiste comme on peut parler d’une Eglise catholique. Une majorité des bouddhistes français sont d’origine extrême-orientale (environ 400 000 fidèles). Ces derniers vivent leur croyance au sein de leur communauté. Pour les autres, les degrés de connaissance et d’engagement sont très divers.

 

180px-MonWheel.jpgLes bouddhistes sont divisés en trois catégories.

·        Les « engagés » sont rattachés à des maîtres ou à des centres. « Entre 50 000 et 80 000 convertis », estime-t-il.

·        Les « sympathisants » achètent des livres, ceux du dalaï-lama ou de Matthieu Ricard, ou suivent des stages et des conférences. Ils seraient environ 300 000.

·        Enfin, 5 millions de personnes seraient sensibles aux valeurs du bouddhisme. Dans cette masse de sympathisants, la connaissance de l’enseignement de Bouddha et des traditions qui en découlent est toute relative. Beaucoup pratiquent un bouddhisme tisane essentiellement à des fins d’épanouissement personnel.

Bien loin du bouddhisme spirituel des moines, des nonnes ou des lamas dont la vie monacale présente la même rudesse que dans certaines religions monothéistes. Non comme une idéologie, mais comme la seule manière de ne pas « s’enfermer dans une bulle » pour mettre sa croyance « au service du bien d’autrui ».

 

 

 

 

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