18.04.2012
Chine - La France n'invente pas
Il y a des discours politiquement vendeurs, car touchant aux peurs les plus profondes des citoyens. Ces discours sont dangereux quand ils sont faux et font le choix de la facilité.
Les discours répétés sur la désindustrialisation et le déclin de la France sont de ceux-là.
Oui, la part de l'emploi industriel dans l'emploi total est en train de baisser.
Oui, la France est en train de se désindustrialiser.
Mais non, ce n'est pas grave. En fait, c'est tant mieux.
Ce qui est grave aujourd'hui, ce n'est pas le déclin de la production industrielle, mais le retard du pays en matière d'innovation.
La France n'invente pas, refuse de se donner les moyens de le faire et s'obstine à rester spécialisée dans des secteurs anciens plutôt que de faire le choix de la haute technologie.
C'est l'un des rares pays de l'OCDE dont la part de la R&D dans le PIB a reculé au cours des quinze dernières années.
On érige (un peu trop) souvent l'Allemagne en exemple. Mais si notre voisin se porte si bien quant à ses exportations, c'est en partie parce qu'il a délocalisé une part de sa production, tout en maintenant sur les sites nationaux les étapes à haute valeur ajoutée. La France doit avoir le courage de faire ce choix de l'« outsourcing », parce que c'est celui de la valeur ajoutée et de l'emploi.
Vous n'êtes pas convaincus ?
Retournez votre iPhone : « Designed by Apple in California. Assembled in China ». Qui d'après vous est gagnant dans l'histoire ?
La Chine qui produit ou les États-Unis qui créent ? Si l'assemblage d'un iPhone produisait plus de valeur pour le pays assembleur que sa conception pour le pays de création, alors il serait tout à fait légitime de défendre la survie d'une industrie forte qui puisse assembler tous les iPhones du monde. Mais ce n'est pas le cas.
Dans un système mondialisé de l'innovation, celui qui capture la valeur, c'est celui qui innove, pas celui qui produit. Une étude américaine a montré que les États-Unis capturaient la plus grosse partie de la valeur ajoutée produite par l'iPod, la Chine une toute petite partie seulement.
De même, la valeur ajoutée de la Chine dans les ordinateurs n'est que de 5 %. Il en va également ainsi de vos Nike référées.
Dès lors, pourquoi ne pas faire clairement le choix de devenir une économie de conception, créatrice d'innovations, plutôt que de tenter en vain, du fait des différentiels de coûts salariaux, de rester le pays qui assemble ? Pourquoi regretter de ne plus être la Chine de l'Europe ? Pourquoi ne pas chercher plutôt à devenir la Silicon Valley alors même que la Chine, où a été mis en place en 2006 un plan de quinze ans destiné à transformer le pays en une société orientée vers l'innovation, aimerait avoir cette opportunité ? Les téléviseurs LCD, fabriqués en Chine, ont été inventés aux États-Unis. Le Kindle, produit à Taïwan, a été inventé dans la Silicon Valley.
Applaudir des deux mains la désindustrialisation - renoncer à la grandeur industrielle passée - nécessite de repenser en profondeur les priorités de l'économie et de se donner les moyens de devenir une économie de l'innovation.
On nous répondra que l'industrie offrait une intégration aux ouvriers que le tertiaire n'offre pas, d'où le désarroi des jeunes non diplômés. Mais qu'y a-t-il d'intrinsèque à l'industrie qui fasse qu'elle seule puisse leur offrir des débouchés ?
Ne nous y trompons pas, la plus grande part des activités de conception et d'innovation - créatrices d'emploi, et pas seulement pour les plus qualifiés - est comptabilisée dans les services, non dans l'industrie.
Certes, il n'est pas facile pour la gauche, longtemps associée au vote ouvrier, d'abandonner les rêves de grandeur industrielle. Pourtant, elle souffre ici de ses propres contradictions, n'arrivant pas à réconcilier un discours sur la difficulté des conditions de travail à l'usine avec la volonté assumée de réindustrialiser.
Mais se lamenter face à la désindustrialisation, c'est donner à la droite un bâton pour se faire battre, qui aura vite fait d'argumenter - à tort - que la perte de 500.000 emplois industriels depuis 2000 est due aux 35 heures.
Dans la nouvelle division internationale du travail, ce ne sont plus des biens industriels que la France doit chercher à exporter, mais de l'éducation, de la santé (comme le souligne Philippe Askenazy dans son dernier livre) et des idées. Laboratoire, université, hôpital du monde. Inventer, éduquer, soigner.
La France retrouvera ainsi un équilibre vertueux de sa balance commerciale et la croissance indispensable à un État providence à même de protéger les perdants de cette modernisation.
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16.03.2012
L'économie Chinoise s'essouffle
La Chine a réduit à 7,5% son objectif de croissance pour cette année, après +9,2% en 2011 et +10,4% en 2010. La faute à la crise de la dette en zone euro, mais aussi aux banques chinoises, qui ont trop plombé leurs bilans.
Finie la croissance à deux chiffres. Pékin a limité son objectif de croissance à 7,5 % pour cette année. Si ce scénario est le bon, la Chine enregistrera la pire performance de ces 23 dernières années. En apparence, 7,5% de croissance, ce n'est pas si mal. Nombre de pays occidentaux en rêveraient - à titre de comparaison, la France n'espère qu'une croissance de 0,5% cette année. Mais il faut savoir qu'en Chine, 6,5% de croissance, c'est l'équivalent d'une récession pour les pays occidentaux.
A quoi est due cette contreperformance de l'économie chinoise? D'abord à l'évolution négative du commerce international. La croissance de la deuxième économie mondiale connaît un ralentissement progressif mais continu depuis plus d'un an, notamment à cause des difficultés des exportateurs confrontés à la crise de la dette en Europe - le premier marché à l'exportation de la Chine - et à une reprise hésitante aux Etats-Unis.
En l'espace de trois ans, l'excédent commercial chinois a été réduit de moitié. Il est passé de près de 300 à 157 milliards de dollars.
Ensuite, après les Etats-Unis et l'Europe, la Chine est confrontée à son tour au risque financier. Sur le marché interbancaire de l'Empire du Milieu, les taux d'intérêt sont proches de 5% alors qu'ils dépassaient à peine 2% en 2006. En d'autres termes, la méfiance est en train de s'installer. A l'image des banques occidentales, les banques chinoises se rendent comptent qu'elles auront du mal à recouvrer leurs créances, notent les experts d'Amplegest.
Les banques chinoises vont devoir faire le ménage dans leurs comptesEt pour cause : le boom des crédits observé à partir de 2009 a été exceptionnel. Le bilan des banques commerciales est passé brusquement de 200 à 240% du PIB sur les ordres de Pékin, qui voulait à tout prix continuer d'afficher une croissance solide, seule garantie d'une paix sociale. Problème: ce boom du crédit a financé des secteurs improductifs, notamment l'immobilier. La part de ce secteur est passée en huit ans de 8,2% à 13% du PIB avec à la clé des surcapacités énormes. En octobre dernier, les logements mis en ventes étaient en hausse de 25% sur un an, alors que les logements effectivement vendus affichaient une dégringolade de 40%. Aujourd'hui, de nombreux promoteurs se retrouvent étranglés, notent les experts d'Amplegest.
Pour contourner l'encadrement du crédit, les banques ont aussi effectué des prêts hors bilan particulièrement douteux. "Des actifs permettent de convoyer du capital vers des projets n'ayant pas forcément accès au crédit bancaire avec une information assez limitée sur la qualité de crédit de l'emprunteur final ... étrange résonance avec les produits structurés de la crise 2008", note Philippe Ithurbide, Directeur Recherche, Stratégie et Analyse chez Amundi dans une étude récente. Bref, les banques chinoises vont devoir elles aussi faire le ménage dans leurs comptes en 2012. Difficile dans ces conditions de financer l'économie ... et de maintenir la paix sociale.
La Chine a besoin d'une croissance très forte - au moins 8% - pour que son marché du travail absorbe les millions de travailleurs migrants présents dans le pays, explique un expert. En 2009, la crise avait mis 20 millions d'entre eux sur le carreau. Le plan de relance de plus de 400 milliards d'euros avait alors permis d'éviter la casse. Mais aujourd'hui, l'heure est plutôt au serrage de vis.
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15.03.2012
La stabilisation du Yuan par la Chine
Selon le premier ministre chinois, le yuan s'est apprécié de 30% depuis 2005. Il est désormais proche de sa valeur d'équilibre.
Pékin pourrait stabiliser une fois de plus sa devise au grand dam des pays occidentaux.
Le budget militaire et les quotas d'exportations de terres rares ne sont pas les seuls sujets de frictions entre la Chine est les pays occidentaux.
Il y en a un, en particulier, qui est récurrent et qui risque bien de ne pas être réglé de sitôt: le yuan. Et ce malgré des déclarations officielles ambigües comprises parfois de façon trop optimistes par certains obervateurs occidentaux.
Depuis longtemps déjà, le cours de la monnaie chinoise, jugé trop faible, fait l'objet de critiques. Aux Etats-Unis, le yuan est accusé de creuser le déficit commercial et de détruire des emplois.
A l'issue du sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec), en février dernier, le président américain Barack Obama a, une fois de plus réclamé une appréciation de la devise chinoise. Ses espoirs viennent de partir en fumée.
Selon le premier ministre chinois Wen Jiabao, qui s'exprimait lors de sa conférence de presse annuelle, la dernière de son mandat, le yuan s'approche désormais d'une valeur d'équilibre. Il s'est en effet apprécié de 30% depuis 2005 et n'a que peu évolué depuis le début de l'année.
En d'autres termes, il ne faut plus compter sur une appréciation de la devise chinoise dans les mois qui viennent. "Nous accélérerons la réforme du taux de change", a certes déclaré M. Wen. Mais c'était pour préciser aussitôt "en donnant plus d'ampleur aux fluctuations dans les deux sens".
Autrement dit, la réévaluation du yuan réclamée à corps et à cri par les grands pays développés, n'est absolument pas annoncée.
Le freinage inquiétant de l'économie chinoise n'est pas étranger à ces déclarations. La croissance des exportations chinoises s'est tassée, passant de 21% au troisième trimestre à 14% au quatrième trimestre.
En février, la Chine a même enregistré un déficit commercial record.
La Chine subit le refroidissement économique des autres pays, notent les experts de BNP Paribas. Le fléchissement de ses exportations s'explique clairement par la baisse des ventes aux pays européens (22% du total des exportations en 2011) et, dans une moindre mesure, aux Etats-Unis.
Autre mesure de l'intensité des échanges, l'excédent des comptes courants de la Chine a atteint 2,8% du PIB en 2011. "Il est inférieur à la norme internationale de 3% du PIB", constate le Premier ministre chinois.
Dans ces conditions Pékin, qui a besoin de croissance pour assurer la paix sociale, a tout intérêt à stabiliser sa monnaie. Ce levier a déjà été utilisé pendant la crise: sur la période 2008-2010, Pékin avait choisi de s'arrimer au dollar avant de lâcher un peu de lest en 2011.
De fait, depuis la mi-2008, le yuan ne s'est apprécié que de 5% environ face au billet vert, provoquant l'exaspération des Etats-Unis.
Pour 2012, les experts de BNP Paribas prévoient au mieux, une appréciation de 3% de la monnaie chinoise. Mais son "internationalisation" en revanche, devrait se poursuivre à marche forcée.
A terme, en effet, la Chine rêve d'être moins dépendant, voire concurrente, du dollar. Ainsi, depuis 2008, elle redouble d'effort pour imposer le yuan sur la scène internationale. Depuis 2009, les entreprises chinoises peuvent facturer en yuans leurs transactions commerciales avec l'étranger.
Depuis 2010, les entreprises étrangères peuvent emprunter en yuans, via Hongkong, sur un marché off-shore. Air liquide a ainsi émis en septembre dernier des obligations en yuans pour 185 millions d'euros.
Depuis deux ou trois ans, le yuan voit aussi son rôle renforcé par les accords de swaps (c'est-à-dire d'échanges temporaires de liquidités) passés entre la banque centrale de Chine et celles des pays voisins (Corée, Malaisie, Singapour).
Récemment, la banque centrale autrichienne asigné un accord avec la banque centrale chinoise, devenant la première banque centrale non asiatique à pouvoir réaliser des placements en yuans !
Enfin, la Chine a autorisé le Japon a acheter pour la première fois de son histoire des obligations d'Etat chinoises. L'Empire du Milieu ne compte pas s'arrêter là.
Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale chinoise, réclame l'entrée du yuan dans la composition des DTS, la monnaie du FMI. Mais il aura du mal à convaincre les grands de ce monde, tant les contentieux restent nombreux entre la Chine et l'Occident.
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