21.12.2009

Le dogme de l'enfant unique

Depuis 1980 jusqu'à aujourd'hui, il serait né 38 millions de garçons de plus que de filles. Pékin commence sérieusement à craindre les effets pervers d'une politique qui, au-delà des drames humains, crée de graves déséquilibres sociaux et démographiques.

3a42b3d2-e9ba-11de-9faa-e6c61d562e75.jpgEt voilà que la plus sérieuse presse chinoise chante un drôle de refrain. «Où sont les femmes ?» pouvait-on y lire l'autre jour en gros titres, sans pour autant en déduire que le fameux tube de Patrick Juvet ait un jour poussé sa notoriété hors de l'aire francophone. Le contexte de la citation n'était d'ailleurs pas très disco, mais au contraire des plus académiques puisqu'il a trait à l'évolution démographique chinoise. Un cri d'alarme sur la masculinisation accélérée de la société chinoise, qui pourrait pousser à une révision du dogme de l'enfant unique en vigueur depuis près de trente ans.

Comme toujours en Chine quand on parle chiffres, le déséquilibre donne le vertige. Depuis 1980 jusqu'à nos jours, il serait né 38 millions d'hommes de plus que de femmes. Les statistiques officielles montrent qu'en 1980, le ratio de naissances était de 107 garçons pour 100 filles, soit le haut de la norme mondiale. Mais il a grimpé à 120 pour 100 aujourd'hui. Cette disproportion est un effet pervers de la politique de l'enfant unique, entrée en vigueur en 1980, et qui aurait selon Pékin permis d'éviter 400 millions de naissances supplémentaires depuis cette date.

Que d'hommes, que d'hommes, donc ! Et au-delà des drames humains liés à la difficulté de trouver l'âme sœur dans le sexe opposé, c'est une fois de plus pour la sacro-sainte stabilité sociale que l'on craint. Il est expliqué qu'un nombre croissant d'hommes seuls n'auront pas de famille pour les soutenir dans leurs vieux jours. Et qu'ils dépendront de systèmes sociaux encore sur les fonts baptismaux.

Confucius, pour qui l'homme était supérieur en condition à la femme, n'est pas étranger à l'affaire. Le professeur Yuan Xin de la Nankai University de Tianjin, explique que dans une société où le mâle est encore culturellement dominant, le choix se porte sur un garçon si on ne peut avoir qu'un enfant. Mao pourtant, sur ce registre, avait fait avancer les choses. En déclarant que «les femmes portent la moitié du ciel», il leur avait offert droits et place dans la société.

Mais «5 000 ans d'histoire» ne se balaient pas d'un revers de révolution. Ne dit-on pas encore, dans certaines campagnes chinoises, qu'«élever une fille, c'est cultiver le champ d'un autre ?» Aux bébés tragiquement supprimés à la naissance, s'ajoutent les avortements. S'il est interdit en Chine de donner le sexe de l'enfant lors d'une échographie, nombre de médecins se laissent aisément forcer la main pour quelques centaines de yuans.

 

Des dizaines de milliers d'enlèvements

 

Autre drame lié à cette demande d'enfants mâles, les enlèvements. Le ministère chinois de la Sécurité publique vient pour la première fois de publier sur son site Internet des informations sur des dizaines d'enfants kidnappés, retrouvés après une campagne de répression. Selon l'agence Chine Nouvelle, entre 30 000 et 60 000 enfants seraient enlevés chaque année. Et ce sont presque tous des garçons. Parfois aussi, des parents dans le besoin vendent leur garçon contre une fille «moins cotée».

Spectaculaire et donnant lieu à d'infinis débats plus ou moins légers sur le Web chinois, cette «pénurie de femmes» est loin d'être la seule raison qui pourrait pousser les dirigeants à changer de politique démographique. Car au-delà des blessures profondes chez des millions de parents chinois et de l'apparition de générations «d'enfants-empereurs» au comportement souvent déroutant, la politique de l'enfant unique a fini par poser un vrai problème de pure démographie.

Le vieillissement de la population chinoise est au cœur du débat. Au milieu de ce siècle, si rien ne change, la Chine aura la population la plus vieille du monde, plus vieille encore que celle du plus vieux pays occidental aujourd'hui.  Par exemple 100 millions de personnes de plus de 80 ans !. Et, ... la Chine est le pays du monde où le pourcentage de population âgée augmente le plus vite.

Les «plus de 65 ans» qui étaient 100 millions en 2008, soit 8 % de la population, seront 340 millions en 2050, soit près de 25 % de la population. Et cette évolution rapide se fait dans un pays encore en voie de développement, où les systèmes de retraite et de sécurité sociale sont encore à construire.

 

«Éviter une pénurie de main-d'œuvre»

 

L'industrieuse et riche Shanghaï a, la première, pris la mesure du problème. Les autorités ont entrepris de redonner du sang neuf à leur cité, en lançant l'été dernier une vaste campagne incitant les couples «éligibles», soit formés par deux parents eux-mêmes enfants uniques, à avoir deux enfants. Des fonctionnaires ont fait du porte-à-porte pour «conseil­ler les jeunes mariés», des tracts ont été distribués en masse et des spots diffusés à la télévision.

Il faut dire que Shanghaï, c'est déjà la Chine de 2050, ou presque. Près d'un quart des 13 millions de Shanghaïens ont plus de 60 ans, et les autorités prévoient que cette proportion montera à plus d'un tiers d'ici à 2020. Selon Xie Lingli, directeur du planning familial de Shanghaï, il s'agit aussi «d'éviter une pénurie de main-d'œuvre à venir». Cette rupture shanghaïenne n'a pas fait l'unanimité. Certains articles de la presse officielle ont dénoncé un «très mauvais signal envoyé au pays».

La politique de restriction des naissances avait commencé avant l'instauration de la loi sur l'enfant unique de 1980. Dès les années 1970, on s'est éloigné des préceptes de Mao qui voyait en Malthus un «bourgeois occidental». Et, sur ce registre au moins digne héritier de Confucius, il associait les notions de masse et de multitude à celles de puissance et de prospérité. En 1973, le gouvernement lance les fameux trois mots d'ordre : «wan, xi, shao».

Autrement dit, se marier tard, espacer les naissances et limiter le nombre d'enfants. Quelques années, plus tard, une campagne stipule que «deux enfants, c'est bien. Trois, c'est trop». Et de fait, avant même l'instauration de l'enfant unique, l'indice de fécondité s'est réduit considérablement, passant de 5,7 à 2,8 enfants par femme. Il est aujourd'hui officiellement de 1,8 mais Baochang Gu, comme beaucoup de démographes, l'estime entre 1,5 et 1,6. La règle de l'enfant unique ne s'applique pas à l'ensemble de la population. Elle ne concerne que 36 % des Chinois, surtout dans les grandes villes et les cités de taille moyenne. Dans les zones rurales de 19 provinces, soit 53 % de la population, les couples peuvent avoir un deuxième enfant, si le premier est une fille. Enfin, 11 % de la population - essentiellement les minorités - ne sont pas limités pour le nombre d'enfants. Et il y a toujours moyen de passer outre et payer l'amende qui peut représenter plus d'un an de salaire moyen.

 

«On gâche un temps précieux»

 

Contrairement à certaines idées reçues, la grande Chine et son 1,3 milliard d'habitants ne va pas voir sa population croître indéfiniment. Les experts chinois s'accordent pour estimer qu'elle atteindra son «pic» autour de 2030-2035, avec quelque 1,45 milliard de citoyens. «Quelles que soient les politiques adoptées, la population va arrêter d'augmenter, il reste à savoir à quel rythme…» Ce rythme dépend bien sûr de la date à laquelle Pékin va renoncer à la politique de l'enfant unique.

Quel est le meilleur moment ? Il faudrait dire le moins mauvais moment car il y a déjà un terrible retard de dix ans il y a tellement de débats et de confusion sur le sujet. On gâche un temps précieux, car la démographie, ce n'est pas comme l'économie, on ne fait pas un plan de relance avec des milliards de dollars qui font bouger les choses en quelques mois. Le grand défi est de faire changer les mentalités, mais certains brandissent encore la menace du chaos. Récemment, le grand patron du planning familial chinois affirmait encore que la politique de contrôle des naissances devrait être maintenue au moins une décennie, de peur d'une déstabilisatrice explosion de la population.

La plupart des démographes chinois exhortent le gouvernement à changer sans attendre, en commençant par autoriser deux enfants pour tous les couples. Les débats sont nourris à l'occasion de la préparation du 12e plan quinquennal (2011-2015). Mais au-delà des lois, la grande interrogation est de savoir quelle sera la réponse des jeunes générations.

À Shanghaï, un sondage chez les «couples éligibles» a montré que moins de 20 % d'entre eux se déclaraient prêts à avoir deux enfants. «C'est vrai que nous avons été très choyés et que nous avons pris goût à la liberté, comme les jeunes couples en Occident, confie Li, une jeune Shanghaïenne mariée depuis trois ans, et on a vu nos parents se saigner pour l'éducation d'un seul enfant. Cela ne fait pas envie !» «Finalement, pour le moment, on préfère la règle du“zéro enfant, double salaire”», s'amuse son mari. «Dans le Jiangsu, en zone rurale, une de nos études a montré à peu près les mêmes résultats, commente Baochang Gu. Là-bas, depuis vingt ans, les couples dont un seul parent est enfant unique sont autorisés à avoir deux enfants. Et seulement 10 % d'entre eux font ce choix. Dans l'avenir, 21 % d'entre eux s'y disent prêts et 45 % disent qu'ils aimeraient bien mais ne le feront pas, pour des raisons économiques surtout.»

L'atelier du monde risquerait-il un jour de manquer de bras ? Les démographes font valoir que le vieillissement de la population pourrait dans l'avenir peser sur la croissance chinoise. Une étude américaine vient d'ailleurs de montrer que le ratio actuel de 16 personnes âgées pour 100 actifs devrait doubler d'ici à 2025, et doubler encore d'ici à 2050 pour atteindre 61 pour 100.

À cette même date, l'Inde devrait avoir 244 millions de plus de citoyens «actifs» que la Chine, fait remarquer la presse chinoise.

Cette fois-ci, c'est bien la puissance qui est en jeu.

25.11.2009

Les parachutes dorées

793822.jpgLa Chine a exécuté deux personnes accusées d'implication dans le scandale du lait contaminé qui a tué six enfants l'an dernier.

Au total, près de 300.000 enfants étaient tombés malades après avoir bu du lait contaminé sciemment à la mélamine, un produit toxique industriel qui augmente artificiellement le taux de protéines.

Le produit était principalement vendu par le groupe laitier Sanlu, qui a fait faillite.

Vingt et un cadres et intermédiaires de cette société ont été jugés et condamnés en janvier par un tribunal de Shijiazhuang (nord) pour leur implication dans cette affaire.

Zhang Yujun a été exécuté pour avoir mis en danger la santé publique et Geng Jinping pour avoir produit et vendu de la nourriture toxique.

L'ancienne directrice du groupe Tian Wenhua, qui a focalisé la colère des familles d'enfants intoxiqués, a plaidé coupable en fin d'année dernière pour des charges non passibles de la peine capitale.

14.11.2009

Région de Huanglong, paradis terrestre

huanglong.jpegLe site. Huanglong est une région montagneuse, située dans l'Est de la Chine, plus exactement au nord-ouest de la province du Sichuan. Les paysages qui la composent sont d'une beauté à couper le souffle.

Nombreux sont ces sommets recouverts de neiges éternelles. Elle est d'ailleurs connu pour posséder un glacier de grande taille. Cette situation particulière est évidemment idéale pour donner naissance à des chutes d'eau.


Ses attraits. Les montagnes du Huanglong donnent naissance à de nombreuses chutes d'eau ainsi qu'à des sources d'eau chaude. Sa vallée est connue des géologues pour être un des "haut-fond karstiques" à ciel ouvert les plus impressionnants du monde, il mesure 2.500 mètres et une centaine de mètres de large. Avec plus de 3400 petits bassins aux couleurs changeantes, cette vallée ressemble vue du ciel à une sorte de vaste mosaïque.

Cet endroit que beaucoup considère comme "un paradis terrestre" sert aussi de refuge à certaines espèces animales menacées, telles que le panda géant et le singe doré à nez camus du Sichuan.

Le visiter. Aménagé pour être ouvert au tourisme, le site propose désormais des passerelles réservées aux piétons, des kiosques et des belvédères en bois bien décorés. La saison idéale pour s'y rendre est l'automne qui offre des mélanges de couleurs et des tonalités d'un charme rare. A savoir : en raison de confusion fréquente avec un autre site, la région de Huanglong va bientôt changer de nom pour devenir Huanglong Sercuo du nom de l'un des villages qu'elle abrite et dont le nom signifie "lac d'or.

Singapour retiré de la liste "grise" des paradis fiscaux

photo_1258107786385-2-2diaporama333x500.jpgSingapour, une des principales places financières asiatiques, a été retiré de la liste "grise" des paradis fiscaux après avoir signé son douzième accord d'échange d'informations fiscales, a annoncé l'OCDE dans un communiqué vendredi.

L'archipel, qui a signé vendredi avec la France sa douzième convention fiscale révisée, est désormais "considéré comme appliquant substantiellement les règles internationales" et rejoint donc la liste "blanche" des pays jugés vertueux, précise l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Singapour a également signé des conventions avec Bahrein, la Belgique, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Danemark, l'Australie, l'Autriche, la Norvège, le Qatar et le Mexique.

Une 13e convention a été conclue avec le sultanat de Bruneï.

Longtemps rétif à la coopération fiscale, Singapour a par ailleurs "récemment" modifié sa législation pour permettre l'échange d'informations, notamment bancaires, avec des administrations fiscales étrangères.

L'application de ces accords fera l'objet d'une "évaluation par les pairs" menée dans le cadre du Forum mondial sur l'échange d'informations fiscales mis en place en septembre et dont Singapour est un "membre actif" et un acteur majeur de la communauté financière mondiale.

Depuis la publication des listes de paradis fiscaux début avril, 15 pays au total ont été "blanchis" dont la Suisse, Monaco ou la Belgique. Le Liechtenstein a été retiré de la liste "grise" mardi.

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), dont Oxfam France, critiquent régulièrement le critère des douze accords retenu par l'OCDE.

Selon un classement alternatif des paradis fiscaux établi par le collectif d'ONG Tax Justice Network, Singapour se classe au 8e rang des places financières les moins transparentes dans le monde et affiche un taux "d'opacité" de 79%.

13.11.2009

Un filet bien mignon

Le Sichuan, vous connaissez, France Sichuan aussi, et ...

 

L  Association France Sichuan, est là active pour vous aider à développer vos activités en Chine.

Des financements assurés pour aider nos entreprises à aller à Chengdu, rencontrer des partenaires, installer un bureau ...

Un proverbe chinois dit :
« Le chemin du Sichuan est plus difficile que de monter au ciel (
蜀道
难于上青天). »
L’association Carrefour France Sichuan (ACFS) est là pour aider l'ascension.

Connue sous le nom du « pays d’abondance », la province du Sichuan est une des régions de Chine les plus riches tant sur le plan historique qu’en ressources naturelles et humaines.

 

 Pour toute question, vous pouvez vous adresser à:
Bernard Debray
francesichuan.bd@wanadoo.fr – 06 08 26 08 28

 

 Maintenant, joindre l'utile à l'agréable n'est ce pas !

 

Et si on se faisait un petit filet mignon à la sichuanaise !

 

Bon appetit, et à bientôt 

325566.jpgPour 8 personnes :

·    1,4 kg de filet mignon

·    200 g de blancs de poireaux

·    2 poivrons verts

·    2 poivrons rouges

·    2 oignons

·    5 gousses d'ail

·    8 cuillères à soupe de sauce soja

·    4 cuillères à soupe de vin blanc

·    1 cuillère à café de sucre en poudre

·    1/2 tablette de bouillon de volaille

·    gingembre en poudre

·    huile d'olive

·    sel, poivre

 

Préparation : 60 mn
Cuisson : 60 mn
Repos : 0 mn
Temps total : 120 mn

 

    • Préparation
    • 1     325567.jpgCouper la viande en petits cubes et la faire revenir dans le wok avec de l'huile d'olive, la laisser dorer à feu vif puis cuire à feu plus doux.
    • 2     Quand la viande est cuite, l'enlever du wok, et faire revenir environ 10 minutes l'ensemble des légumes à feu vif en remuant sans arrêt.
    • 3     Quand la viande est cuite, l'enlever du wok, et faire revenir environ 10 minutes l'ensemble des légumes à feu vif en remuant sans arrêt.
    • 4     Verser la sauce soja, le vin blanc, le sucre en poudre, le gingembre, le bouillon cube, 6 cuillères à soupe d'eau chaude, le sel et le poivre, puis enfin la viande. Mélanger avec soin. Couvrir et laisser cuire encore 15 bonnes minutes. 
    • 325568.jpg5     Accompagner ce plat du riz.
  • Pour finir... Il est possible de faire le plat à l'avance puis de le faire réchauffer au dernier moment.

  •  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04.11.2009

À Shanghaï, les retraités spéculent avec leurs économies

Les yo-yo de la Bourse n'ont pas suffi à refroidir les ardeurs des petits porteurs shanghaïens.

·         À Shanghai,  Bourse%202009%20reprise.jpg

la rue Xiangyang n'a pas besoin de cafés, elle a sa salle de courtage. Ici, en plein centre de Shanghai, chaque matin à 9 heures, les habitués prennent place devant un des vieux ordinateurs d'où ils suivent les cours de la Bourse à longueur de journées. Un vieil ami Chinois n'est pas mécontent. Cette année, la Bourse lui a fait gagner 3 000 euros, l'équivalent de deux ans et demi de salaire pour cet ancien employé d'une grande société d'État qui avait placé au départ 5 000 euros. Toutes ses économies. «J'ai été licenciée. Depuis six ans, j'investis en Bourse. C'est ma seule source de revenu», explique-t-il, en attendant de pouvoir toucher sa maigre retraite de 60 euros par mois l'an prochain, quand il aura 60 ans.

Mouvements de yo-yo

L'euphorie de 2006 est pourtant passée. Cette année-là, l'indice composite de Shanghai enregistre une hausse de 130 %. L'année suivante, la Bourse progresse à nouveau de 100 %. Au restaurant, dans le taxi, autour d'un thé, on ne parle que de ça. L'état de grâce est de courte durée et le marché replonge en 2008.

Ces mouvements de yo-yo n'ont pas suffi à refroidir les ardeurs des petits porteurs shanghaïens. Retraités dans les salles de courtage, cadres au bureau, étudiants depuis leurs dortoirs, tout le monde «joue». Il faut dire que l'investisseur chinois n'est pas toujours averti. Ces apprentis boursicoteurs ont encore beaucoup à apprendre. Selon une enquête réalisée cet été, 70 % d'entre eux reconnaissent ne pas faire aussi bien que le marché tiré par des hausses cette année.

Bon nombre d'épargnants sans connaissance du marché se sont rués sur la Bourse ces dernières années pour faire fructifier leurs économies, parier sur les futures politiques officielles, ou acheter les actions les moins chères -- de compagnies en difficulté -- comptant qu'elles remonteraient.

Un comportement qui vaut aux places boursières du pays d'être comparées à des "casinos". Récemment le Financial Times, qualifiait Shanghai "de parodie de marché".

piles%20yuans.jpgMais le citoyen chinois n'a guère le choix. Le strict contrôle des flux financiers par le gouvernement lui rend les places étrangères inaccessibles - tout comme la plupart des étrangers sont tenus à l'écart de Shanghai et Shenzhen.

 

Du coup, certains s'efforcent de diversifier leurs investissements. Cheng Yu, juriste d’entreprise, a préféré acheter un appartement.

 

 

31.10.2009

Escroc et concubines

lao_she 2.jpgLe premier roman du grand écrivain chinois Lao She. Il y déploie déjà cet art de la satire qui lui valut la haine assassine des gardes rouges.

Lao She 老舍, pseudonyme littéraire de Shu Qingchun 舒慶春, aurait mérité le Nobel car il fut - avec Pa Kin - le grand timonier des lettres chinoises du xxe siècle. Il fut aussi l'une des innombrables victimes du maoïsme. En août 1966 - il avait 67 ans - on retrouva son cadavre au bord d'un lac et le régime fit croire qu'il s'était suicidé alors que de nombreux sinologues pensent qu'il fut assassiné par les gardes rouges, lesquels détestaient ce franc-tireur qui avait refusé d'emboucher les clairons de la Révolution culturelle. Aujour-d'hui, Lao She a pris une belle revanche: il est devenu le symbole de la dissidence en Chine, grâce à une oeuvre magistrale qui culmine avec Quatre Générations sous un même toit, un opéra de larmes et de sang où s'orchestre le pathétique naufrage de Pékin après l'invasion japonaise de l'été 1937.

Avec La Philosophie de Lao Zhang, on découvre enfin le tout premier roman de Lao She. Ecrit en 1926, ce petit brûlot est le portrait féroce d'un arriviste aux dents aussi longues que la Grande Muraille, Lao Zhang, un maître d'école "aux yeux porcins" qui a troqué Confucius contre Harpagon et Tartuffe. Et qui deviendra un champion de la magouille pour se remplir les poches, quitte à changer de religion en fonction du cours de la viande... Musulman quand le prix du mouton est bas, bouddhiste quand celui du porc est élevé, chrétien quand ça l'arrange, trafiquant d'opium et de concubines, racketteur, maître chanteur, l'affreux Lao Zhang résume à lui seul toutes les tares d'une société dont l'auteur du Pousse-Pousse fut l'incomparable satiriste. Un récit troussé comme un conte cruel, dans une Chine où les dragons n'ont pas de griffes aussi acérées que celles de Lao She.

 

LaoShe.jpgQui est Lao She

 

De son vrai nom Shu Qingchun, Lao She est considéré comme une référence de la littérature chinoise, reconnaissable à son éternel ton satirique. Fort du succès de son premier roman humoristique et critique 'Le Pousse-pousse', l'écrivain se consacre entièrement à son art. Il s'attelle dès 1940 à la rédaction de sa grande trilogie, 'Quatre générations sous un même toit', et dépeint un Pékin urbain souillé par l'occupation japonaise. ''L' artiste du peuple'' retrouve son pays natal après trois années passées aux Etats-Unis et occupe le poste de vice-président de l'Union des écrivains chinois. Mais le leader communiste Mao Zedong déclenche sa Révolution culturelle et l'intellectuel est alors dénoncé puis persécuté par le gouvernement. Le 24 août 1966, son corps est retrouvé sur les rives du lac Tai Ping et s'il s'agit officiellement d'un suicide, certains n'excluent pas l'idée du crime politique. C'est à titre posthume que son oeuvre autobiographique et inachevée, 'L' Enfant du nouvel an', est publiée en 1979. De la pointe de sa plume engagée, Lao She livre une vision critique de son époque et témoigne du quotidien d'une société en pleine ébullition.

 

uploaded_13069.jpgLa philosophie de Lao She

 On trouve dans La Philosophie de Lao Zhan déjà tous les thèmes qui figureront plus tard dans son œuvre : d'abord le Pékin de la fin des Qing et du début de la République, la vie de ses habitants, d'un quartier, petits fonctionnaires plus ou moins (plutôt moins que plus) intègres, instituteurs violents, commerçants habiles, artisans crève la faim, tireurs de pousse-pousse, concubines, prostituées, jeunes enfants effrontés, étudiants sans le sous, gredins, canailles et tous les opprimés, les sans-grade, les indigents, ceux qui essaient de survivre au jour le jour à force de combines, de petites traîtrises, de petits gains immédiats ; c'est le Pékin d'un monde en train de s'effondrer, de valeurs et de morales en plein désarroi, du chacun pour soi mais aussi, en filigrane, paradoxalement, de la solidarité plus forte que la mort et l'image d'une Chine qu'on voudrait croire éternelle.

On croise Lao Zhang instituteur odieux, égoïste, radin, rapace et pragmatique, sans pitié, notamment pour ses élèves et surtout les femmes  qui pour lui ne sont guère différentes d'un vêtement d'occasion, la marchandise doit être bonne et le prix peu élevé et si le vêtement ne convient finalement pas on peut toujours le revendre ! On croise deux de ses élèves, jeunes adolescents en rupture, Wang De amoureux de Li Jing, la sœur de son meilleur ami Li Ying lui-même amoureux de la belle Long Shugou, mais les amours de l'époque sont encore sous la domination des parents et tout s'effondrera aussi, c'est la vie ; on croise une galerie de personnages improbables Cinquième Li, Huitième Sun, Quatrième Wei, Troisième Chu, et beaucoup d'autres qui s'accrochent aussi à l'existence dans des conditions misérables.

C'est que Lao She nous parle du sort de ces opprimés de la vie, du siècle, de la Chine ; il nous en parle avec amour, avec compassion, avec sensibilité, humour et la verve et le ton satirique (c'est l'époque qui le veut)  que l'on retrouvera dans tous ses romans, mais sans condescendance ni mépris, ce sont des gens comme vous, comme moi  car sa littérature est universelle.

Alors même si ce premier roman d'un écrivain qui deviendra le plus grand de son siècle n'a pas toutes les qualités de Gens de Pékin, du Tireur de Pousse-Pousse ou de Quatre générations sous un même toit, peu importe, car il est émouvant ; il est émouvant d'entendre les premiers mots d'une voix comme celle de Lao She, il est émouvant de lire La philosophie de Lao Zhang pour replonger dans un monde qui n'en finit pas de mourir, il est émouvant de songer à Lao She, à son destin, à sa mort en 1966, « suicidé » pendant la Révolution culturelle ; il est émouvant de tenir entre ses mains le premier livre d'un homme que l'on aurait aimé connaître.

51AFDZS1ZXL__SL500_AA240_.jpgEt pour finir quelques citations extraites de « Quatre générations sous un même toit », et certainement toujours d'actualité :

« Les personnes insignifiantes aiment que leurs actes soient bruyants »

« Dans la guerre moderne, le vainqueur est celui qui consent à jeter l'argent par les fenêtres ».

« Les yeux sont les messagers du cœur et de la raison. »

« La solitude est une prison »

 

29.10.2009

Chine: six condamnations à mort au premier procès des émeutiers d'Urumqi

photo_1255328854907-4-2diaporama480x327.jpgLa Chine dans un monde meilleur, mais que peut on observer :

Six personnes ont été condamnées à mort lundi pour leur participation aux émeutes d'Urumqi début juillet, à l'issue du premier procès des violences qui ont fait près de 200 morts dans la capitale de la région chinoise du Xinjiang, ont annoncé les médias officiels.

Plus de trois mois après  les troubles, dans une ville quadrillée par la police et l'armée afin de prévenir toute réédition des pires violences en plusieurs décennies dans le pays, ils ont été reconnus coupables de meurtres, a précisé l'agence Chine Nouvelle.

Un septième accusé, également poursuivi pour meurtre, a été condamné à la prison à vie pour avoir plaidé coupable et aidé la police à arrêter un complice, selon l'agence officielle et la télévision CCTV.

Les noms des sept condamnés donnés par les médias -- Abdukerim Abduwayit, Gheni Yusup, Abdulla Mettohti, Adil Rozi, Nureli Wuxiu'er, Alim Metyusup et Tayirejan Abulimit -- sont de consonnance ouïghoure, l'ethnie de langue turque, prédominante au Xinjiang musulman, une Région autonome du nord-ouest de la Chine.

Le tribunal a commencé l'examen de trois affaires impliquant les sept accusés des émeutes qui ont fait officiellement au moins 197 morts, la plupart des Hans, ultra majoritaires en Chine, tués par des Ouïghours.

Dans une ville où une série de mystérieuses attaques à la seringue ayant surtout visé des Hans en septembre ont encore accentué les tensions, les autorités avaient pris toutes les mesures pour éviter de nouveaux débordements.

Selon des images diffusées par CCTV, les alentours du tribunal étaient déserts avec une forte présence des forces de l'ordre.

Par ailleurs, 14.000 civils ont été mobilisés pour patrouiller dans les rues d'Urumqi nuit et jour, a rapporté la radio officielle chinoise.

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Le porte-parole du Congrès mondial ouïghour (CMO), représentant la dissidence en exil, Dilxat Raxit, a dénoncé, pour sa part, un "procès politique".

"Les procès envers les Ouïghours ne se déroulent pas selon les règles juridiques normales, mais selon les besoins politiques", a-t-il estimé, jugeant qu'il s'agissait d'"un cas typique de violation des droits de l'Homme" ou "les accusés n'ont pas pu choisir eux-mêmes leurs avocats".

La presse officielle chinoise avait annoncé fin septembre que la justice avait prononcé les premières inculpations à l'encontre de 21 personnes dans le cadre de ces émeutes pour homicides, incendies volontaires et dégâts matériels.

Le 5 juillet, les violences avaient éclaté à Urumqi après une manifestation pacifique de protestataires demandant la lumière sur le meurtre de deux Ouïghours dans le sud de la Chine, selon la dissidence ouïghoure en exil.

Les autorités chinoises ont accusé le CMO de la dissidente Rebiya Kadeer d'avoir fomenté les troubles, qui ont été suivis de représailles de la part de Hans.

23.10.2009

LE PAVILLON DE LA FRANCE A SHANGHAI FAIT LE PARI DE LA "VILLE SENSUELLE"

Jacques Ferrier a été retenu pour la construction du Pavillon France. 

Premier pays à avoir répondu favorablement à l’invitation de la Chine, la France bénéficie d’un emplacement exceptionnel, au bord du fleuve, de 6000 m² en zone C (zone des pavillons des pays européens).

Shanghai%202010%20logo.jpgL'exposition universelle de Shanghai 2010 a planifié 33 lieux pour 20 000 performances lors de la période de l'Exposition unverselle de Shanghai 2010, ont indiqué dimanche des organisateurs.

 

« Better City, Better Life" Life" ("meilleure ville, meilleure vie")... Tel est l'intitulé retenu pour la prochaine Exposition universelle qui se déroulera du 1er mai au 31 octobre 2010 à Shanghai, en Chine.

 

"Sur ce thème, que peut apporter la France?", s'interrogeait l'architecte Jacques Ferrier, auteur du Pavillon de la France.

 

"Avant tout, le plaisir et le désir de vivre en ville, répond-il.

La ville sensuelle est, à cet égard, un thème particulièrement important.

Si la technique dominait nos vies au siècle dernier, l'enjeu est aujourd'hui de replacer l'homme au centre de la ville grâce à ses cinq sens auxquels les Chinois rajoutent un sixième : le mouvement."

Tous seront sollicités dans le Pavillon en cours de construction depuis novembre 2008. "La ville sensuelle est une façon de parler du futur souhaitable pour les grandes métropoles mondiales, souligne Jacques Ferrier.

Un futur où l'homme urbain est l'objet de toutes les attentions de l'univers technique. Une vision qui dépasse la seule perspective du développement durable."

 

Béton de fibres et jardin à la française

maquette-shangai-300x212.gifLe Pavillon de la France se présentera sous la forme d'un quadrilatère de 6000 m2 enserré d'une fine résille minérale, posé en suspens au-dessus d'un plan d'eau. La scénographie visera à illustrer l'équilibre entre technicité et sensualité, création et permanence, ville et territoire. Trois thèmes seront privilégiés : le jardin à la française, déployé à la verticale au coeur du Pavillon comme un théâtre de verdure; l'eau, élément poétique du jardin et enjeu politique mondial; l'innovation technique, au travers de la résille de béton de fibres et d'acier qui enveloppera l'édifice. Une grande fresque vidéo, diverses installations multi-sensorielles et plusieurs chefs-d'oeuvre de l'art français prêtés par le musée d'Orsay, complèteront le dispositif.

Ces lieux incluent 7 salles d'intérieur pour les concerts, musiques ou ballets et 26 places en plein air à l'intention de défilés, d'arts folkloriques et de représentations de rue. Ces lieux recouvrent une superficie de 0,48 km2.

Quelques cent millions de visiteurs sont attendus à Shanghai, dont dix millions pour le seul Pavillon de la France (soit environ 6000 visiteurs par heure).

Enfin, "à la demande de Nicolas Sarkozy, le Pavillon de la France ne devrait pas être démoli à l'issue de l'exposition", a assuré José Frèches, président de la Compagnie française pour l'exposition de Shanghai 2010 (Cofres).

aid-163158_0.jpgAlain Delon, des toiles de Gauguin ou de Van Gogh et la cuisine des frères Pourcel seront parmi les représentants de "ce que la France a de meilleur" au pavillon français de l'Exposition universelle 2010 de Shanghai, ont annoncé les organisateurs mardi à Paris.

José Frèches  est le président de la Cofres (compagnie française pour l'exposition universelle de Shanghai),

Mais que fait il?  comment sont gérés ces 50 millions d'Euros, les deniers de l'état, les votres ?

La France va "montrer ce qu'elle a de meilleur", dit M. Frèches qui attend quelque 10 millions de visiteurs pour le pavillon français, sur les 70-100 millions de visiteurs espérés à partir du 1er mai 2010 à Shanghai.

Le pavillon qui occupera une surface de 6.000m2, est un quadrilatère enserré dans une résille d'un nouveau béton, très léger, flottant sur un plan d'eau, avec l'idée de montrer la nature dans la ville.Alain Delon, parrain du pavillon, a dit qu'il en était "heureux et très fier".

Les Chinois "m'aiment et je leur rends bien", a ajouté l'acteur.

Le musée d'Orsay prêtera huit oeuvres exceptionnelles, dont "L'Angélus" de Millet, un Gauguin ou un Van Gogh. Le musée Guimet présentera un film sur ses collections asiatiques.

Les frères Jacques et Laurent Pourcel, deux étoiles au Michelin, vont élaborer les carte d'un restaurant gastronomique, un restaurant en terrasse et un lieu de restauration rapide.

Plusieurs événements seront organisés : des mariages car "les Chinois aiment se marier en France", des émissions pour une télévision interne, une fête de la musique.

En parallèle, le metteur en scène Robert Hossein présentera une "énorme fresque humaniste, dédiée à la Chine" de deux heures, sur "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo.

Un spectacle sur Edith Piaf de Jacques Pessis tournera également à Shanghai et Pékin.

Le projet de pavillon, d'un coût total de 50 millions d'euros, devait être financé à 50/50 par l'Etat français et des investisseurs privés.

Budget global : 50 millions d'euros.

21.10.2009

La Chine, vieux pays, mais jeune puissance économique

0e452e26-ada7-11de-820f-3c65b148f60b.jpgLa célébration des 60 ans de la République populaire de Chine a tout pour irriter, et pourtant elle est bien méritée. L'irritation d'abord : un an après les Jeux olympiques de 2008, un an avant l'Exposition universelle de Shanghaï en 2010, voilà la Chine à nouveau plongée dans la communion nationaliste et la mobilisation générale, toujours au plus grand profit apparent du gouvernement.

La sécurité est omniprésente, la mobilisation des individus aussi, avec cette liste interminable des stars chinoises, y compris d'outre-mer, qui contribuent à magnifier l'événement. Le défilé militaire de la place Tiananmen, attendu depuis des mois par les connaisseurs, et quelque peu éventé par de multiples et bruyantes répétitions, a rappelé que le «monde harmonieux» promu par les dirigeants actuels n'exclut pas une projection de force de plus en plus significative.

Et pourtant il y a bien de quoi célébrer, car la République populaire revient de loin dans sa courte histoire.

Qu'on songe au 20e anniversaire en 1969 : la Révolution culturelle battait son plein, le maréchal Lin Biao apparaissait comme le dauphin de Mao. Cette période, ainsi que celle du Grand Bond en avant et par exemple l'année 1959, moment de purge interne et de famine, sont entièrement occultées par les commémorations actuelles : et pourtant à l'époque, on avait célébré dix ans de succès du socialisme chinois. Ou qu'on songe au 40e anniversaire en 1989 : déjà, l'armée était sur la place Tiananmen, mais c'était pour y écraser les manifestants prodémocratie du «printemps de Pékin». Autre épisode qu'ignore complètement aujourd'hui une histoire à œillères. Il faut en vérité se raccrocher à 1979, point de départ de ce que de nombreux Chinois appelèrent une «seconde libération» et de l'ère des réformes, pour trouver une date positive. 1999, sous Jiang Zemin, timonier prudent et finalement modeste dans ses ambitions comme dans son expression, donna lieu à moins de célébration que le rattachement de Hongkong en 1997, ou même que le passage à l'année 2000.

Alors, en 2009, le bilan des 60 ans de la République populaire donne le tournis. La Chine est la deuxième puissance économique mondiale, dépassant un Japon en crise et s'approchant des États-Unis, qu'elle pourrait à ce rythme rejoindre dans une décennie. Jamais, dans l'histoire, sa stature internationale n'a été aussi grande. Courtisée par tous, et d'abord par la superpuissance américaine pour ses immenses réserves en devises, elle émerge aussi comme une grande puissance militaire, déployant le drapeau chinois d'un point à l'autre du globe. L'objectif de la réunification de Taïwan est en vue, au moyen d'un quasi-Front uni - ce serait le troisième en un siècle - avec le Kuomintang, rival et partenaire éternel. La diplomatie publique chinoise l'emporte sur tous ses voisins asiatiques, du Japon à l'Inde : qui se rappelle une seule phrase ou une seule contribution de ces derniers au G20 ? Sa maîtrise de plus en plus nette du droit international en fait un partenaire redoutable. Dans la récente querelle commerciale avec les États-Unis, elle n'hésite pas, à son tour, à aller devant l'Organisation mondiale du commerce.

La renaissance éducative et culturelle est là, même bridée par un département de la Propagande lui aussi surpuissant, et doté de tous les moyens de communication de l'ère médiatique. Enfin, la crise mondiale a affecté la Chine moins que toute autre économie, et sa fragilité éventuelle serait d'abord celle de ses clients internationaux. Et tout ceci sans avoir changé un iota du système politique de sommet, hormis le retour à une direction collective et à des règles formelles, mais guère contraignantes sur le fond.

Bien sûr, c'est l'excès de pompe qui inquiète. D'autant qu'à la différence des Jeux olympiques il n'entre dans cette fête-ci aucune compétition sur le stade, aucune médaille en balance. C'est bien d'une célébration à bureaux fermés, à l'usage de la population, qu'il s'agit. Comment un régime qui a triomphé aussi visiblement sur la fatalité du communisme finissant peut-il éprouver un tel sentiment d'insécurité collective ? À une époque où la «puissance douce» prime, avec d'abord la propagation de valeurs attractives, et non subies, comment peut-il faire un tel étalage de sa puissance brute ? Comment peut-il pratiquer un oubli aussi massif de sa propre histoire et de ses points noirs ?

Il existe à ces questions une réponse au premier degré. La Chine est un vieux pays, mais une puissance encore jeune. Son histoire exclut la culpabilité collective des colonialismes et de l'impérialisme moderne, et ignore superbement les désastres intérieurs. La «stabilité» est le maître mot de ses dirigeants, qui occupent le devant de la scène. La Chine ne parle pas tant à ses partenaires internationaux qu'elle ne se parle à elle-même. Nous sommes face à la consécration d'un mythe fondateur, celui d'une superpuissance. Le 60e anniversaire n'est pas une commémoration de l'histoire. Il est une célébration d'un moment présent, celui de l'apogée de la Chine.

superbe-chine-plus-belles-photos-chine_322824.jpgLes beaux jours de la pensée maoïste en France

Les auteurs, universitaires, s'étonnent que des intellectuels se recommandent encore du communisme. En Chine, sur la piste du «tourisme rouge»Trente-trois ans après la mort de Mao, les autorités de Pékin organisent la visite des hauts lieux de la vie du Grand Timonier, entre mysticisme et mercantilisme.

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